« Dieu » – Notice du Grand Larousse Universel du XIX° siècle. Transcription.


Au tome VI du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Pierre Larousse consacre 27 pages à “Dieu”, commençant par définir le terme, en donner les emplois, répertorier les locutions qui lui sont consacrés tout aussi bien par Épictète, Lamennais ou Proudhon que par Latena, Martin ou Desnoyer. Viennent ensuite les définitions par extension, toujours illustrées de nombreux exemples ; puis les locutions de la main de Dieu à Dieu bat ses matelas ; ne sont pas oubliés les jurons ni les exclamations ni les proverbes.
Mais le gros de la notice est « encyclopédique » qui commence par une longue et savante étude linguistique du mot Dieu dont les destinées « ont été assurément des plus remarquables » ; qui se poursuit par une analyse philosophique, examinant les preuves de l’existence de Dieu “considérées d’une manière générale” puis selon Socrate et Platon, Aristote, saint Augustin, saint Anselme de Cantorbéry, saint Thomas d’Aquin, Descartes, Malebranche, Bossuet, Fénelon, Newton, Clarke et Locke, Voltaire, Rousseau, Kant, Bonald et Lamennais. La critique des preuves (ontologiques, cosmologiques, idéologiques, psychologiques, morales et historiques) est tout aussi charpentée. Cette disputatio est suivie d’une analyse du symbolisme et, particulièrement, de la représentation médiévale dont tout l’art « se résume dans la figuration de la chose immatérielle, de l’idée par la forme sensible et tangible. Toucher ce qui ne se touche pas, saisir ce qui n’est pas saisissable, voir ce qui ne se voit pas, comprendre ce qui ne peut se comprendre, et retracer tout cela sur la toile ou sur la surface polie du vitrail aux couleurs ardentes et crues, tout le moyen âge est là. »
Des Allusions littéraires viennent en conclusion de ces études : la position de Proudhon, athéiste militant, est longuement analysée, Larousse, lui aussi athée, rejoignant Proudhon quand il considère qu’à présent « l’immense majorité du peuple français, se moque de la Providence, du Constitutionnel et du bon Dieu des jésuites, comme un âne d’une poignée d’orties. » C’est l’anthitéisme, doctrine distincte de l’athéisme, à quoi Larousse trouve un avantage : Proudhon (qui ne nie pas l’existence de Dieu, repousse « le panthéisme humanitaire de nos jours, la déification de l’humanité. Par sa critique de la providence, Proudhon atteint un double but : il fait justice tout à la fois et du Dieu fait homme et de l’homme fait Dieu ; il relégué Dieu dans son domaine, l’absolu, l’infini, et lui enlève le gouvernement de l’humanité, en même temps qu’il interdit à l’homme toute prétention à la divinité. »
Larousse (qui fait un sort au vers trop célèbre de Voltaire Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer) analyse également le Traité de Dieu et l’homme de Spinoza, celui de L’existence de Dieu de Fénelon ; la Démonstration de l’existence et des attributs de Dieu, œuvre de Samuel Clarke ; l’Histoire de Dieu, par M. Didron ; Dieu dans l’histoire de Christian Bunsen ; La connaissance de Dieu, du père Gratry ; la Connaissance de l’âme due à Maine de Biran ; L’idée de Dieu et les nouveaux critiques, étude philosophique, publiée par M. E. Caro ; de Camille Flammarion, Dieu dans in nature ; et, enfin, le De natura deorum de Cicéron.


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